La salsa qui venait du vaudou

octobre 12, 2012 Non Par karambol

C’est l’histoire d’une chanson que , comme celle là, je connais depuis l’époque où j’usais mes fonds de culottes courtes sur les bancs de l’école et que j’ai ré-entendue en version salsa : une version salsa qui a la particularité d’être chantée en créole ce qui ne laisse pas de place au doute : Guede Zaina c’est la version salsa d’une chanson créole.

Évidemment une fois le pot aux roses découvert ma curiosité naturelle m’a poussé à chercher un peu sur la toile d’où venait cette salsa et là première surprise : la version « latino » ne date pas d’hier puisque c’est en 1952 qu’une certaine Célia Cruz , alors membre de la Sonora Matancera , l’interprète pour la première fois.

A cette époque la salsa n’existait pas : en tout cas le terme « salsa » n’était pas encore utilisé pour désigner les musiques afro-cubaines mais cela n’empêchait la planète de danser sur ces rythmes et le talent de Celia Cruz était déjà évident pour tous.

Pour en revenir à nos affaires, cette chanson a depuis continué sa petite vie et est notamment reprise en concert par Oscar D’Leon (comme vous pouvez le voir ci-dessous ), et figure en bonne place sur l’album « Fuzionando » du même Oscar D’Leon.

Tout ça c’est bien joli me direz-vous mais le créole et le vaudou dans tout ça ? Et bien il suffit de brancher ses oreilles : « Guede Zaina yo fè konplo pou you touye mwen ! » c’est ce qui est répété tout le long dans cette chanson.

Alors Guede Zaina je ne sais pas si cela à un sens en espagnol mais le reste de la phrase c’est du créole pur et une traduction rapide c’est « ils complotent pour me tuer » et  grâce aux ressources de la toile mondiale j’ai même pu retrouver la version originale (ou ce qui s’en approche le plus) des paroles :

Gede Zarenyen
Woy woy
Gede Zarenyen

Gede Zarenyen
Woy woy
Gede Zarenyen
Woy woy
Gede Zarenyen

Gede Zarenyen
Yap fé konplo
Pou yo touye mwen
Woy woy
Gede Zarenyen

Et là : deuxième surprise : cette chanson est d’origine haïtienne et c’est même un chant que l’on pouvait (peut ?) entendre dans des cérémonies vaudoues pour peu que l’on fréquente ce genre d’endroits.

Je n’ai malheureusement pas réussi a retrouver de version haïtienne de cette chanson mais il semble qu’elle ait été popularisé par Lumane Casimir qui fut une chanteuse populaire en Haïti dans la première moitié du XXème siècle et dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce que je m’intéresse à la chanson qui nous préoccupe et par la même occasion j’ai appris que ce n’est pas la première fois qu’une chanson haïtienne devient un standard international : Yellow Bird interprétée entre autres par Harry Belafonte, les Mills Brothers, Chris Isaak et bien d’autres est la version anglo-saxonne d’un poème haïtien du 19eme siècle : comme quoi Haïti ce n’est pas que le pays « maudit » dont on ne parle que lorsqu’il subit les caprices de mère Nature.

Alors, si la prochaine fois que vous entendez Guede Zaina vous êtes pris d’une irrépressible envie de danser, de mettre le feu à la piste de danse : pas de panique  vous êtes peut-être possédé par un loa mais ça  n’est pas grave : ça va passer 🙂

Pour en savoir plus

Oscar D’Leon sera en concert le dimanche 28 octobre 2012 a Paris