Rio Loco 2013 : Antilles sur Garonne

juin 19, 2013 Non Par karambol

La 19éme édition du festival Rio Loco s’est tenue du 12 au 16 juin à Toulouse et avait pour thème les Antilles, toutes les Antilles de Cuba à Trinidad et Tobago en passant la Jamaïque, Porto-Rico, la Martinique, …

rio loc 2013

Après une brève concertation la rédaction de Karambloggage s’est transportée sur place afin de vivre les 3 derniers jours de l’événement, les 3 derniers jours parce que l’unique membre de la prestigieuse rédaction de ce blog a un vrai métier qui ne lui permet pas de partir en vadrouille aux six quatre coins de l’hexagone dès qu’un festival sort une programmation un peu « tropicalisée ».

Pour en revenir à Rio Loco, l’édition 2013 a été un succès et particulièrement la soirée du vendredi qui s’est jouée à guichets ultra-fermés, plus de 15000 personnes n’ont pas pu accéder au site ce soir là et seul les 25000 premiers arrivés ont pu assister au concert du groupe Kassav.

Je ne reviendrai pas ici sur les têtes d’affiche du Festival, mais sachez que, même si je n’ai pas pu assister aux spectacles de Jimmy Cliff et de Eddie Palmieri (c’étaient les deux premières soirées), mes sources m’ont assuré que le spectacle était au rendez-vous (voir plus bas), et les autres que ce soit Kassav, Tego Calderon, ou Toto La Monposina, les autres se sont donnés à fond et m’ont fait un peu regretter que les shows soient limités à 1h30.

Je vais plutôt tenter de vous présenter quelques artistes que j’ai découvert ou re-découvert à cette occasion et qui m’ont plutôt emballés.

Fimber Bravo ou le Steel Pan électronique.

Fimber Bravo est originaire de Trinidad et est un virtuose du steel pan*, qui en plus de ses collaborations régulières avec les vedettes de la scène électro-pop anglaise s’est déjà illustré au temps du 20th Century Steel Band , le single « Heaven and Hell is on Earth » sorti en 1975 ayant été samplé moult fois depuis (Soul II Soul , Black Eyed Peas …). Le moins qu’on puisse dire c’est que les musiques électroniques se marient très bien avec le steel pan comme on peut le découvrir sur son album Con-Fusion dont je vous propose un extrait ci-dessous.

Orquesta el Macabeo : heavy salsa !

Le groupe portoricain Orquesta El Macabeo vient de sortir son 3ème album intitulé “Lluvia con sol” et cette bande de musiciens m’a agréablement surpris, alors qu’au départ j’étais plutôt circonspect : de la salsa faite part des gens qui viennent de la scène ska/reggae, punk de San Juan, comme on les présente sur le site officiel de Rio Loco (si le punk existe encore) , je ne voyais pas du tout ce que ça pouvait donner et il m’est déjà arrivé d’être affreusement déçu par la « nouvelle sensation » qu’un festival se met en tête de me faire découvrir.

Dans ce cas précis sur scène ça donne un groupe diablement efficace, avec juste le petit grain de folie qui à mon humble avis manque parfois à la salsa portoricaine, et qui se revendique comme étant dans la lignée « salsa consciente » de la salsa new-yorkaise des années 70. Après les avoir vu sur scène je comprends que les maestros de la salsa de Porto-Rico comme Roberto Roena, n’hésitent pas à partager la scène avec eux à l’occasion.

A noter qu’ils ont prévu une sortie de leur dernier album aussi en format vinyle (33 tours à l’ancienne) histoire de ne vraiment rien faire comme tout le monde.

 The lions : le reggae qui venait de Californie.

The Lions c’est un mélange entre des américains fan de reggae, un toasteur jamaïcain survolté et un crooner à la voix de velours qu’on croirait tout droit venu d’un groupe de soul de la grande époque (et les deux voix se complètent à merveille), on y ajoute une section de cuivres (sax et trombone)  et on obtient du reggae « roots » (et roots ne signifie pas rétro ou ringard bien au contraire). C’est roots, ça groove comme c’est pas permis, les musiciens s’amusent au moins autant que le public qui en redemande.

 

Marc Ribot y los Cubanos Postizos : cubains factices** mais vraie bonne musique

Los Cubanos Postizos , c’est un des multiples groupes dans lequel officie Marc Ribot : autrement dit quand il ne joue pas les requins de studio pour les stars de la pop mondiale ou qu’il ne tourne pas avec un autre projet (Ceramic Dog, The Marc Ribot’s trio, …) , Marc Ribot parcourt la planète en revisitant la musique cubaine et notamment celle d’Arsenio Rodriguez : les “guajira” et les “son” avec une guitare électrique au lieu du “tres”*** traditionnel : j’achète ! Surtout qu’il ne s’agit pas simplement de remplacer une guitare par une autre mais bien de mélanger (encore) des influences blues/rock à de la musique cubaine.

 

Sonny Troupé ,“Nouvo Lokans” : du Ka*** mais pas que.

C’est un groupe monté pour le festival par Sonny Troupé, batteur/percussionniste d’origine guadeloupéenne, et qui est un peu le régional de l’étape en tant qu’ancien élève d’une école musicale toulousaine.

Le projet c’est partir du Ka et des ses 7 rythmes qui y sont associés (kaladja, menndé, léwoz, padjambèl,  woulé, graj, toumblak) et d’en faire une relecture plutôt jazz. Projet ambitieux et séduisant sur le papier, mais c’est un peu la démarche suivi par Jacques Schwartz-Bart (qui était présent le premier soir) et donc là encore je me méfiais, même si ayant déjà vu Sonny Troupé à l’œuvre dans un autre registre, j’avais une petite idée de son talent.

Encore une fois, une agréable surprise, les voix de Jean-Pierre Coquerel et Zagallo se mariaient bien aux improvisations jazzy des autres musiciens (guitare, sax, basse) avec quelques instants magiques par moment.

Akiyo : mouvement culturel

Je ne pouvais pas terminer sans un petit mot sur Akiyo . Mouvement culturel, c’est comme ça que eux-mêmes se définissent, histoire de bien montrer que Akiyo ce n’est pas juste un encore un autre groupe de musique traditionnelle de la Guadeloupe mais un collectif qui se bat depuis 35 ans (comme Kassav tiens)  pour sauvegarder une certaine idée de la culture guadeloupéenne. J’avoue que de Akiyo je ne connaissais quasiment que ça et c’est beaucoup plus que ça : alors oui c’est sur des rythmes de carnaval, c’est festif, entraînant, et on pourrait continuer longtemps comme ça à enfiler les poncifs généralement associés aux musiques caribéennes, mais avec Akiyo le message est au aussi important que la musique, et la musique se permet d’explorer d’autres territoires que la pure tradition (même si la base rythmique est et restera authentiquement guadeloupéenne).

Quelques liens utiles

Le concert de Jimmy Cliff a Rio Loco vu par Mundo Latino http://salsa.blog.lemonde.fr/2013/06/13/jimmy-cliff-reggae-night-a-rio-loco/

Mundo Latino a aussi assisté au concert de Eddie Palmieri http://salsa.blog.lemonde.fr/2013/06/16/eddie-palmieri-seduit-rio-loco-avec-son-orchestre-salsa/

Rio Loco le site officiel

Les concerts de Rio Loco (Akiyo, Tego Calderon, The Lions, et quelques autres) sur Arte Live Web c’est par

 

* steel-pan ou steel-drum : instrument traditionnel de Trinidad et Tobago : il s’agit d’un baril de pétrole tronqué et dont le fond est martelé pour y former des sortes de facettes qui correspondent à des notes.Plus d’info . On confond souvent l’instrument (le steel pan) et l’orchestre formé de différents steel-pan : le steel-band.

**cubains factices : c’est la traduction du nom du groupe, un trait d’humour de Marc Ribot parce que bien que jouant (très bien) de la musique cubaine la moitié du groupe n’est pas d’origine cubaine.

***Ka : tambour traditionnel de la Guadeloupe.