Le chouval bwa qui venait de Cuba

novembre 10, 2013 Non Par karambol

Je sais qu’avec un intitulé pareil j’ai du perdre quelques uns de mes fidèles lecteurs en route, c’est l’inconvénient d’utiliser tout le temps les mêmes ficelles. Alors sans plus tarder, un indice pour ceux qui n’ont pas encore décroché : il s’agit encore une fois de musique tropicale.

Je ne vous ferais pas l’injure de vous expliquer Cuba , la plus grande île de l’archipel antillais, situé à environ 120 kilomètres au sud de la Floride, patrie du Buena Vista Social Club des cigares et malheureusement du mojito :-), car je sais que, cultivés comme vous l’êtes, vous savez déjà tout ça et les rythmes afro-cubains vous les maîtrisez sur le bout des doigts (et des pieds). Je sens que vous vous interrogez plus sur l’expression « chouval bwa » et donc sans plus attendre je vais satisfaire votre curiosité qui est tout a fait légitime d’ailleurs si vous n’êtes pas d’origine antillaise.

Le chouwal bwa donc : « le chouval bwa est un genre musical martiniquais à base de percussions, flute en bambou et kazoo » nous dit wikipédia. Quoi ? ça ne vous avance pas plus ? En fait c’est un genre musical qui était principalement utilisé pour accompagner les carrousels (les manèges de chevaux de bois si vous préférez) et en créole « un cheval » c’est « an chouval » et le bois c’est « bwa » et donc par un de ces raccourcis linguistiques relativement courant la musique d’accompagnement des manèges est devenue un genre musical sous l’appellation « chouval bwa ». Fort bien me direz vous mais que vient faire Cuba la-dedans ?

C’est pourtant évident : qui dit genre musical dit artiste et, en l’occurrence, quand on parle de chouval bwa on ne peut pas ne pas parler de Dédé St Prix . Auteur-compositeur-interprète-flûtiste-percussionniste martiniquais, il a remis au goût du jour ce genre musical au début des années 80. Car il faut bien le dire le chouval bwa avait presque disparu à cette époque : dans les fêtes, les manèges traditionnels mus à force d’homme avaient été remplacés par des machines rutilantes toutes en néons et plastiques et sonorisées grâce à la fée électricité. Dédé St Prix et quelques autres ont refusé de voir disparaître une partie de la culture populaire martiniquaise et ils se sont donnés pour mission de perpétuer cet héritage tout en le modernisant en y introduisant par exemple une basse électrique ou d’autres instruments plus modernes comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous ou il interprète son premier grand succès : « Piblisité« .

Et donc depuis une trentaine d’années maintenant, Dédé St Prix qui fut un temps surnommé « le griot des antilles » car sur scène ce showman accompli sait captiver son audience comme personne en se faisant parfois conteur afin d’expliquer d’où il vient et ce qu’il fait, depuis 30 ans disais-je Dédé St-Prix parcourt le monde pour partager cette partie du patrimoine martiniquais (au passage il a récolté un titre de Chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur), et ce qui devait arriver arriva : il a été invité a représenter la Martinique au Festival del Caribe a Santiago de Cuba et comme tout bon musicien, (percussioniste et flutiste de surcroît), séjournant à Cuba il a fini par jouer avec des musiciens locaux et finalement cette année l’album intitulé « Raices y Culturas » (Racines et Cultures), réalisé entre Cuba et la Martinique est venu en quelque sorte officialiser le tropisme cubain de Dédé St-Prix.

Raices y Culturas c’est un album de 14 pistes qui fort heureusement ne tombe pas dans la facilité (genre je reprends mes plus grands succès et je les mets à la sauce latino), mais nous propose un voyage musical dans la Caraïbe ou l’on se rencontre que les percussions afro-cubaines ne sont pas très éloignés des autres percussions afro-caraibéennes.

On trouve sur cet album aussi bien du chouval bwa que l’on pourrait dire « cubanisé » car sur ces chansons (par exemple une reprise de Antiyez la un de ses précédents succès) le « tres » cubain se marie très bien avec les rythmes martiniquais, que des rythmes cubains des plus classiques (charanga, son,… ) aux accents créoles, et, pou conclure l’album, une chanson qui oscille entre cumbia sud américaine et kompa haïtien intitulée Caribe en Mis Venas : littéralement ça donne « la Caraîbe coule dans mes veines » : titre qui à mon avis résume très bien la démarche entreprise sur ce projet. (Les fidèles de Dédé St-Prix retrouveront par moment un petit clin d’œil à ses débuts dans cette chanson).

Pour finir, l’extrait officiel de l’album : « Cuba y Martinica« .

 

En savoir plus.

Dédé St-Prix : une mini-biographie sur Mondomix.

Agenda : Dédé St Prix sera en concert le 28 décembre 2013 au New Morning à Paris.

Making-of : Raices y Culturas le making-of.(12 mn)