Comment remonter le temps : 2e épisode

décembre 17, 2015 Non Par karambol

Et oui c’est le retour de la machine à remonter le temps et, comme celle que je vous décrivais , celle d’aujourd’hui fonctionne aussi au reggae.

Commençons par le début, c’est à dire la fin, celle du siècle dernier (15 ans déjà) ou plutôt à l’aube du nouveau millénaire, (en 2000 quoi), une des pointures du dancehall à la française sortait ce qui allait devenir le plus gros succès de sa carrière, un album intitulé « Un signe du temps« , habile mélange entre le dancehall qui avait fait sa gloire et du reggae « roots » en mode crooner : « roots » comme on dit pour parler du reggae, du vrai, celui dans lequel on ne se contente pas de débiter des insanités sur des rythmes minimalistes entendu 1000 fois par ailleurs.  Sur cet album de Nuttea donc, en plus du fameux « Elle te rends dingue avec son boom boom short« , figurait une chanson sobrement intitulé « Elle vit sa vie » que vous pouvez découvrir juste en bas et qui est l’archétype de ce qu’on entends par du « roots » en reggae: une mélodie accrocheuse sur la syncope imparable propre au genre.

Je suppose que maintenant vous voyez ou je veux en venir : oui cette chanson est une reprise de « Ghetto Girl » un standard du reggae. Et quelques années plus tôt cette chanson avait été reprise par quelqu’un que, à première vue, on a du mal à imaginer dans le style reggae, le plus roux des soul singers britanniques un anglais originaire de Manchester : Mick Hucknall co-fondateur de Simply Red un des plus grands groupes anglais des années 80 (« Holding back the tears« , « Money’s too tight to mention« …). Et soi dit en passant quand on l’entend chanter on se dit qu’ils ont tort dans South Park : les roux ont une âme (en tout cas lui il en a une sinon il ne chanterait pas comme il le fait). Mais revenons à nos moutons : quelques années avant l’an 2000 et Nuttea, Simply Red collaborait avec le duo légendaire Sly & Robbie pour reprendre entre autres « Ghetto Girl » sur l’album « Blue« , le dit album étant quasi d’ailleurs quasi exclusivement composé de reprises.

Avant d’aller plus loin quelque mots sur Sly & Robbie : c’est simple en reggae il y a deux sections rythmiques (basse et batterie) de légende : celle des Wailers de Bob Marley et le duo Sly Dunbar et Robbie Shakespeare : si vous avez écouté un peu de reggae ces 30 dernières années il y a beaucoup de chances que vous ayez entendu leur travail : en tant que producteur et/ou musiciens ils ont été prolifiques et beaucoup de gens de Serge Gainsbourg à Pierpoljak ou Bob Dylan ont collaboré avec eux et d’ailleurs si vous avez écouté de la musique dans les années 80 vous avez du tomber sur eux à votre insu : ils ont probablement eu plusieurs vies pour arriver à enregistrer environ 200 000 chansons (selon la légende).

En 1997 donc, Simply Red enregistre un album de reprises sur lequel figure donc cette version de « Ghetto Girl » et au passage ils font un carton avec une autre reprise reggae : « Night Nurse » créée à l’origine par Gregory Isaacs,

Les plus observateurs auront noté que Simply Red n’est pas le premier anglais à reprendre un standard reggae et en faire un tube : « I would give everything I own » par Boy George c’était au moins dix ans plus tôt (encore que la on peut difficilement parler de reprise mais plutôt de décalque de la version de Ken Boothe qui elle même est une reprise : une autre dont nous parlerons peut être un jour).

02/08/2017

On en parle ici de Everything I own.

https://www.youtube.com/watch?v=8fNcwBkgAhk

Au passage les anglophones remarqueront que dans la version française de Nuttea on parle d’une sorte d’ange dont la seule vision répands l’amour et la bonté autour d’elle alors que dans la version anglophone on nous parle plutôt d’une fille de la rue au passé dramatique et sans aucun avenir dont Dennis Brown nous parlait déjà en 1976 sur son album « Visions of Dennis Brown« .

La où l’histoire se répète c’est que dans l’épisode précédentDennis Brown était déjà impliqué tout comme Nuttea d’ailleurs, et maintenant que j’y pense il s’appelle Brown comme Doc Emmett Brown ce qui confirme ce que j’ai toujours pensé : dans la fameuse De Lorean en plus du convecteur temporel il y avait probablement un autoradio diffusant la discographie complète de Dennis Brown : ce qui explique pourquoi son répertoire  réapparaît régulièrement en différents points du continuum spatio-temporel tout comme un certain nombre de ses compatriotes jamaicain : souvenez vous : les albums « Labour of love » (4 à ce jour) de UB40 étaient déjà composés de reprises de standards reggae qui sont parfois eux mêmes des reprises de rythm ‘n blues américain.